F comme FACT-CHECKING 

définition du fact-checking. Qu'est ce que c'est au juste et pourquoi les communicants doivent développer cette compétence

Fact-checking : une compétence à nourrir

Le fact-checking, c’est quoi ?

Fact-checker, c’est vérifier les faits. Tout simplement. Un chiffre, une citation, une date, une étude, une information : avant de la reprendre et de la partager, on s’assure qu’elle est exacte. On cherche la source, on la questionne, on la compare à d’autres. Cette pratique est bien connue des journalistes mais elle est désormais une compétence essentielle pour tous ceux qui produisent des contenus.

Car aujourd’hui, nous sommes tous devenus un peu médias. Nous écrivons, publions, partageons, commentons. Et avec l’IA générative, nous produisons encore plus, encore plus vite. Raison de plus pour ne pas confondre vitesse et précipitation.

Le doute a du bon

Qui a dit ça ? Où ? Quand ? Sur quoi repose ce chiffre ? L’étude existe-t-elle vraiment ? Est-elle récente ? Qui l’a financée ? Vous connaissez mon goût pour les 5 W. Le fact-checking en est un excellent terrain de jeu : Who, What, Where, When, Why… et surtout How do you know (Comment le savez-vous ?). La question paraît toute bête. Pourtant, elle est loin de l’être !

L’International Fact-Checking Network recommande notamment de privilégier les sources primaires lorsqu’elles existent, de confronter les éléments importants à plusieurs sources et d’expliquer suffisamment sa méthode pour permettre aux lecteurs de comprendre la légitimité de ce que nous diffusons. Fact-checker, ce n’est donc pas trouver sur Google la première source qui confirme ce que l’on avait envie de croire. Ce serait bien trop simple ! C’est chercher suffisamment pour accepter, parfois… d’avoir tort.

Source, es-tu là ?

Attention au jeu de piste ! Un article qui cite une étude n’est pas l’étude. Un post LinkedIn qui cite un chiffre n’est pas une source. Dix sites qui répètent la même information ne constituent pas dix preuves si tous se copient les uns les autres. Or, avouons que c’est quand même plus simple de reposter une publication d’un réseau social attribué à une personne où une organisations qui nous semble crédible, que de s’embêter à vérifier le contenu que nous nous apprêtons à diffuser auprès de notre réseau ! Sourcer ce n’est pas uniquement créditer un contenu, c’est remonter à la source ! Et ça, ça prend beaucoup plus de temps… Prenons quelques exemples : 

  • Une étude ? Je cherche l’étude originale.
  • Un chiffre public ? Je cherche l’organisme qui produit la donnée.
  • Une nouvelle réglementation ? Je cherche le texte officiel.
  • Une citation ? Je cherche qui l’a réellement prononcée et dans quel contexte. Combien de citations inventées de toute pièce, attribuée aux mauvaises personnes, ou sorties complètement de leur contexte !

Et surtout, je n’oublie pas de regarder la date. Une information peut avoir été vraie… et ne plus l’être. Eh oui, le faux c’est aussi du vrai périmé !

Lorsque je relaie en « repost » un contenu qui n’est pas le mien ou que je nourris une publication personnelle de contenus tiers, je garde en tête que la qualité de on contenu ne tient pas qu’à la forme. Elle tient aussi à celle des sources qui le nourrissent. Il en va de ma crédibilité.

Avec l’IA, qui vérifie qui ?

Voilà qui complique un peu l’affaire. Nous demandons désormais à l’IA générative de chercher, résumer, expliquer, comparer et parfois de nous donner les sources qui prouvent ce qu’elle avance. Parce qu’elle a été entrainée pour cela, l’IA nous répond avec souvent (toujours ?) beaucoup d’assurance. Mais voilà, nous en avons tous fait l’expérience : une IA générative peut fournir une bonne information comme elle peut mélanger deux faits, inventer une référence ou donner une réponse très vraisemblable… et fausse. En matière d’hallucination, l’IA peut exceller ! 

L’IA peut nous aider à produire et à vérifier. Elle ne nous dispense pas de vérifier l’IA. Et plus elle nous aide à produire vite, plus notre esprit critique doit s’aiguiser. Le communicant responsable et le fact-checker averti le savent : le temps que nous gagnons à produire des contenus et la quasi immédiateté des réponses générées par les IA, se convertissent en temps consacré à vérifier.

Fact-checking et communication : question de confiance

Pourquoi les communicants devraient-ils particulièrement nourrir cette compétence ? Parce qu’ils engagent non seulement leur parole mais ausi celle de l’organisation et de la marque qu’ils représentent. Nos contenus disent qui nous sommes autant que ce que nous savons. Les vérifier, c’est aussi prendre soin de notre crédibilité.

Le fact-checking devient particulièrement nécessaire quand l’information conforte ce que nous pensions. C’est ce que nous appelons le biais de confirmation. Plutôt que de se laisser embarquer dans une discussion qui nous conforte et nous rassure et nous flâte, il faut apprendre à clouer le bec à l’IA et à cultiver l’art du doute. Les algorithmes et LLM sont là pour nous conforter dans nos propres vérités (bulles informationnelles) plutôt que nous inviter à ouvrir le champs des possibles.

Nourrir le doute pour nourrir la confiance

Le fact-checking devient alors un rituel, une gymnastique de l’esprit. Une habitude à prendre et à entretenir. Avant de publier, partager ou reprendre une information, une question suffit parfois :« Comment est-ce que je sais que c’est vrai ? »

Si vous savez répondre à cette simple question : continuez. Sinon, cherchez.

À l’heure où l’intelligence artificielle générative nous permet de produire toujours plus et toujours plus vite, vérifier pourrait bien devenir l’une des plus précieuses valeurs ajoutées humaines. Vérifier, c’est cultiver son esprit critique. Si chaque individu est potentiellement un créateur de contenu, Il doit aussi devenir un journaliste exigeant qui doit apprendre à mieux questionner les sources autant que les prompts.

Je forme les communicants et les équipes à un usage raisonné de l’IA générative : apprendre à bien la questionner, c’est aussi apprendre à ne pas la croire sur parole. Parlons-en.